Un classique à découvrir #2 : Andromaque de Jean Racine


Pour ce deuxième rendez-vous d’Un Classique A Découvrir, j’explore cette fois-ci un genre assez peu lu (mise à part dans le secondaire), le théâtre. Qui de mieux que Jean Racine pour représenter les grandes tragédies françaises du XVIIème siècle ? J’ai choisi Andromaque, parce que c’est ma pièce préférée.



Un Classique A Découvrir est un rendez-vous régulier du blog visant à faire connaitre des œuvres classiques à travers des articles qui ne sont aucunement des chroniques. Leur objectif est de faire connaitre la grande littérature et de donner envie d’en lire un maximum.


De quoi parle Andromaque ?

L’histoire est à la fois simple et compliquée : Oreste aime Hermione, mais elle aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime encore le souvenir de son mari, Hector, tué pendant la guerre de Troie. Elle prend la forme d’une pièce en cinq actes, présentée pour la première fois au Louvre en novembre 1667.

Qui est l’auteur ?

Jean Racine (1636 – 1699) est un dramaturge et poète français connu pour ses tragédies inspirées des légendes grecques. Il prend place et incarne même le courant classique qui voit le jour sous Louis XIV. Andromaque est l’un de ses grands succès, lui ouvrant les portes de la cour. Cette pièce marque le début d’une décennie très prolifique qui voit l’apogée de son œuvre avec Iphigénie (1674) et Phèdre (1677).

Pourquoi lire Andromaque ?

Andromaque n’est généralement pas l’œuvre qui est le plus étudiée. On se tourne plus souvent vers Phèdre, Iphigénie ou Britannicus. Je vous l’avoue, j’ai détesté étudier Racine pendant mon année de 1ère L. Je trouvais le style lourd, les histoires bizarres et surtout je n’avais aucun intérêt pour son œuvre. Alors qu’est ce qui a changé ?

Eh bien, j’ai lu Andromaque, pour de vrai, sans chercher à décortiquer le texte et juste pour le plaisir. Sur le moment, je ne sais pas ce qui m’a pris, certainement un grand coup d’ennui. La pièce trainait dans ma bibliothèque, je l’ai décorée en 1h et je me suis rendu compte qu’il y a vraiment du talent derrière.

 D’abord, je suis parvenue à passer outre les vers qui d’ordinaire me gênent énormément quand ils sont présents hors poésie. Andromaque est entièrement écrit en alexandrins (vers de 12 pieds). Je concède, ça peut vraiment perturber une lecture quand on n’en a pas l’habitude, mais celle-ci vient vite. L’alexandrin, parce qu’il est long et harmonieux, s’oublie vite et impose un rythme qui pousse à lire de manière fluide et rapide. Une fois le blocage passé, on se rend compte qu’il faut à la fois beaucoup de talent, mais aussi beaucoup de maitrise de la langue française pour produire un texte de cette qualité. Qui aujourd’hui en est encore capable ? Certainement pas la grande majorité des français … 



Ensuite, un autre point peut venir compliquer la lecture : le vocabulaire spécifique employer dans les œuvres littéraires du XVIIème siècle. Certains mots prennent un sens différent de leur interprétation actuel. Par exemple, le « transport » dans Jean Racine n’est ni une voiture, ni un camion, mais bien le sentiment amoureux. Pas de panique, ce type d’exemples est bien minoritaire dans la pièce. Les maisons d’éditions le savent, tout le monde n’est pas habitué à « traduire » ces mots. Des petites notes explicatives sont présentes pour aider à une lecture plus fluide. Une fois qu’on a intégré ces nouvelles définitions, le problème est oublié.

Je dirai que ces deux points, l’alexandrin et le vocabulaire, sont les deux difficultés majeures pour appréhender le théâtre classique. Ils ne sont pas spécifiques à Racine, mais sont présents dans toutes les pièces de l’époque. C’est vraiment une habitude à prendre, au même titre que lire un manga de droite à gauche. Une fois l’automatisme prit, plus rien ne gêne la compréhension du texte.

L’avantage d’Andromaque, c’est que l’intrigue ne nécessite pas beaucoup de connaissance en mythologie grecque pour tout comprendre. Je pense qu’à l’heure actuelle, tout le monde ou presque a vu le film Troie de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt et Orlando Bloom. Voilà, vous avez la base. La pièce se place après, une fois la guerre de Troie terminée. Andromaque était la femme d’Hector (Eric Bana), tué par Achille (Brad Pitt) et est déchirée par le souvenir de son funeste mari. Autour d’elle prend place une intrigue amoureuse dans un cercle très restreint. Les personnages sont peu nombreux et bien définis dès le départ. Facile !

Personnellement, je me suis laissé prendre par l’histoire et surtout pas les sentiments de chacun. Même si l’auteur marque ses personnages par quelques clichés (qui n’en étaient pas à l’époque), on sent toute la force qui se dégage de chacun. C’était la première fois qu’un auteur exploitait un lyrisme d’une si grande ampleur. Tous ont un point de vue différent et parfois radicalement opposé aux autres. Andromaque est un balai de sentiments tournant autour de l’amour que l’on peut s’autoriser et partager ou non. Il s’agit d’une pièce psychologique qui explore la morale et nous donne des pistes pour mieux comprendre comment fonctionnait les esprits aristocratiques au XVIIème siècle. Évidemment, les sentiments sont exacerbés et les scènes sont extrêmement théâtralisées, mais c’est là tout le charme du théâtre classique français. 

Pour résumer : 

A mon avis, il faut lire Andromaque parce que c’est quand même l’une des pièces les plus faciles d’accès et qu’elle reprend tous les critères très stricts d’écriture imposés par le théâtre français de l’époque. A travers cette tragédie, on touche un petit bout d’histoire, d’abord parce qu’elle a été écrite dans un contexte historique fort, mais aussi parce que c’est la première de son genre, lançant un style aujourd’hui emblématique. 


Les + :
  • La psychologie et le lyrisme très poussée des personnages
  • Le talent de l’auteur pour manier les mots
  • Le contexte mythologique qui ajoute de l’exotisme au récit et nous en apprend plus sur ces mythes.

Les - :
  • La forme du texte en alexandrin peut gêner
  • Le vocabulaire spécifique familier à l’époque mais inconnu aujourd’hui

A qui je conseille cette lecture : 
  • A ceux qui veulent découvrir le théâtre classique français 
  • A ceux qui aime le travail des mots et les rimes
  • A ceux qui veulent découvrir les mythes grecs d'une manière originale

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