L'interview du mois : Cécile Duquenne, du Young Adult à la Science-Fiction !

cécile-duquenne-interview

Pour ce mois de janvier, j'ai voulu invité une auteure qui tient une place toute particulière dans mon cœur de lectrice. J'aime sa jeunesse, ses idées, ses univers. Je la sens proche de ses lecteurs et toujours en quête d'inspirations nouvelles. Il s'agit de la jolie Cécile Duquenne


Bonjour Cécile !
Bonjour Lucie :)

A la fois doctorante en japonais, traductrice et auteure, tu as déjà écrit plusieurs romans et sagas à seulement 27 ans. On te doit notamment Les Foulards Rouges, Les Nécrophiles Anonymes, Purespace, Penny Cambriole et La Tour, entre autres. Quel palmarès !

Avec tout ça, tes journées doivent être sacrément bien remplies … Comment fais-tu pour organiser ton temps et gérer de front tes études et ta passion pour l’écriture ?

Je dois admettre que c’est assez compliqué, car il faut ajouter à cela la vie sociale et, aussi, des plages de repos. Du coup, j’ai une règle d’or : pas de travail après 19 heures, sauf cas d’extrême urgence ou d’extrême motivation. Généralement, je consacre 4 à 5 heures à ma thèse le matin, tous les jours, y compris les weekends. L’après-midi, cela varie : de 14 à 16, j’écris ou je travaille sur mes écrits personnels ; et de 16 à 18 heures environ, c’est au choix : je retravaille sur ma thèse ou bien, quand j’ai une traduction en cours, je traduis. Bien entendu, il y a des jours où je ne fais qu’écrire l’après-midi, parce que l’inspiration est là, ou uniquement traduire, parce qu’il y a parfois des urgences… de même, il y a des après-midi où j’ai des formations et des séminaires pour la fac. Tout dépend des priorités du moment, mais une journée type se déroule comme cela ! Je m’accorde un à deux après-midi de libre par semaine, sans jour fixe, et je veille à me reposer le soir, ou à sortir…
Cela demande donc de l’organisation et, surtout, de l’autodiscipline. C’est parfois dur de se lever le matin en se disant qu’on ne pourra pas se reposer aujourd’hui, ni le jour suivant, alors que c’est dimanche, mais bon, je savais à quoi m’attendre en choisissant de continuer mes études et de travailler en indépendante… ;-)
J’ai tout de même eu du mal à trouver mon rythme depuis la rentrée de septembre. C’est ma première année de thèse, et je n’ai rien écrit jusqu’en décembre à peu près. Je ne faisais que traduire et lire pour ma thèse. Heureusement, depuis décembre, l’écriture a retrouvé sa place dans mon quotidien… et ça fait un bien fou ! :)

Tu as plusieurs cordes à ton arc : tu écris à la fois des histoires pour enfants et du Young Adult, parfois avec une dimension assez philosophique. Les mécanismes d’écriture sont donc très différents. Est-ce que c’est difficile de passer d’un genre à l’autre ?

Pas vraiment, car cette variété des genres fait écho à mes envies d’écriture et non à mes obligations. On m’a déjà demandé d’écrire tel roman ou telle nouvelle où il se passe ceci ou cela, dans tel genre, pour tel public… mais le tout est de savoir dire « non » quand on sent que, justement, l’envie n’est pas là et qu’on n’y arrivera pas.
Tout ce que j’écris est dicté par mes aspirations du moment, mes envies de lecture, d’écriture… je suis quelqu’un de très éclectique dans la vie de tous les jours - y compris sur mon style vestimentaire, qui peut être un jour punk-rock, le lendemain très casual, le surlendemain en mode robe et talons… j’aime changer d’ambiances, de sujets. Je m’ennuie, sinon ! Du coup, cette alternance se fait assez naturellement pour moi. Je suis d’ailleurs ravie que les lecteurs s’y retrouvent malgré la grande variété des genres et des sujets abordés. Au début, j’avais un peu peur de les perdre… mais ça va, les lecteurs sont aussi curieux que moi et je m’en réjouis !

 
J’ai commencé Les Foulards Rouges récemment et j’ai été très surprise par l’univers. Tu y mélanges science-fiction et western. C’est carrément détonnant ! Est-ce que ce sont deux imaginaires que tu affectionnes particulièrement ? D’où t’est venue cette idée ?

Oui, j’adore et la science-fiction, et le western, pour des raisons très différentes. La SF parce qu’elle nous ouvre à d’autres univers, d’autres façons de penser, d’envisager le passé comme le futur. C’est par nature un genre très ouvert à l’altérité et l’étrangeté. Et le western, justement pour le contraire : affrontements, ambiance presque clanique, communautés refermées et figées (la plupart du temps, mais pas tout le temps) dans la tradition... dans le western, l’élément étranger est rarement le bienvenu dans la communauté où se tient l’intrigue. En fait, j’aime le mélange de ces deux genres qu’a priori tout oppose.
L’idée m’est venue il y a de nombreuses années, suite à ma découverte de la série TV Firefly de Josh Whedon. Il avait mélangé ces deux genres, et j’avais trouvé ça génial, détonnant comme tu le dis. L’univers, qui aurait dû être un paradoxe ambulant, trouvait un équilibre parfait quelque part entre ces deux genres. Plus qu’à un hybride solitaire, on assistait là un véritable métissage, quelque chose de fécond, un vrai genre à part entière dans la science-fiction - ou le western, puisque cette œuvre métisse qu’est Firefly peut être considérée tant comme l’un que l’autre.

Tu le sais, j’ai eu un coup de cœur pour l’une de tes dernières publications, La Tour. C’est un roman que tu as écrit en seulement 3 jours et que tu as auto-publié par la suite. Tu peux nous en dire plus sur cette aventure ?

Merci, ça me fait très plaisir ce que tu me dis. Je suis sincèrement heureuse que tu aies autant aimé ce petit OLNI ! La Tour… est venue d’une envie, là encore. Celle de me lancer un défi, d’une part, et d’écrire du Young Adult, d’autre part. Comme je n’avais jamais le temps de me pencher sur ce potentiel roman YA que je voulais écrire depuis de nombreux mois, je me suis dit : « pourquoi ne pas le créer, ce temps ? »
Et pile en même temps, ou presque, Neil Jomunsi publiait sur son blog « Ecrire un roman en trois jours. » Et ça a fait « tilt. » Je me suis lancée à la fin de la semaine où l’idée m’est venue, et j’ai bien fait : je me suis sentie très libre dans l’écriture de cet ouvrage, car je ne m’étais imposé aucune contrainte, sinon celle du temps !
Et quitte à aller plus loin dans le défi, j’ai voulu tester un nouveau mode d’édition : l’autoédition numérique, sur Amazon et quelques autres sites qui le permettent, comme Kobo, Youscribe… J’ai commandé la couverture à une artiste de talent, Alexandra V. Bach pour ne pas la citer, et appris beaucoup de choses sur l’epub d’un point de vue technique et commercial. J’ai également rencontré un nouveau public, ce à quoi je ne m’attendais pas : grâce à sa superbe couverture (et, je l’espère aussi, à son texte ;-)), La Tour a rencontré un beau succès, complètement inattendu… je n’en reviens toujours pas !
D’ailleurs la blogo YA et SF a été pour beaucoup dans ce succès, et je ne remercierai jamais assez les blogueurs et bloggeuses qui ont accepté de lire La Tour en SP, ou se le sont procuré dans les premiers jours de préventes, faisant monter le livre direct dans les tops 100 d’Amazon…

Aujourd’hui, la publication numérique est omniprésente. En tant que jeune auteure, tu publies toi aussi essentiellement en version dématérialisée dans un premier temps. Selon toi, c’est l’avenir du livre ? Ça donne plus de chances pour débuter ?

Je vais me permettre d’être un peu polémique sur ces questions. En tant qu’auteur active dans le milieu de l’édition numérique et primo-numérique, on pourrait s’attendre à ce que je réponde par l’affirmative aux deux questions… mais non. Selon moi, l’avenir du livre, c’est le livre. Numérique, papier, audio… On tenait le même discours au sujet du format poche quand il est apparu à la seconde moitié du XXe siècle, que c’était l’avenir du livre - ou sa mort, selon les discours. Et que constate-t-on aujourd’hui ? Que le grand format existe toujours, et le poche aussi, et que les deux se complètent.
Je ne pense pas que l’avenir du livre soit unique. Je le pense multiple, dans le sens où les supports se complèteront tous - et, en vérité, se complètent déjà.
Dans un sens, oui, tu as raison, cela est une nouvelle opportunité de publication, que l’on peut saisir soi-même dans le sens où l’accès à l’autoédition n’est plus conditionné par la nécessité d’un apport financier parfois colossal afin de pouvoir imprimer son livre. Néanmoins, il faut à mon sens demeurer prudent.
Le livre numérique ne donne ni plus ni moins de chance pour débuter. Ce qui fait la véritable différence, c’est l’histoire, le style, le travail qu’on y met. Si notre histoire est bonne, et qu’elle correspond aux attentes du moment, elle trouvera son public. Même si ce public est restreint, que l’on publie en numérique, grand format, chez un petit, moyen ou grand éditeur, en indépendant, etc.

Quand on est citoyen lambda et qu’on a envie d’écrire, il est parfois difficile de se motiver seul et de trouver les bons outils pour avancer. D’où te vient ton inspiration, ta motivation pour écrire ? Quel(s) conseil(s) tu donnerais à quelqu’un qui souhaite se lancer ? 
Je puise l’inspiration dans ma vie quotidienne, les échanges avec mes amis, ma famille, mais aussi les musiques que j’écoute, etc. La motivation… c’est plus compliqué. Je pense que la motivation tient au caractère de chacun. On naît avec des natures plus ou moins déterminées. L’écriture est un travail qui demande beaucoup de détermination et, aussi, pas mal d’amour propre, car la personne qui doit croire le plus fort en ce que vous faites… c’est vous :)

 Ainsi, l’inspiration est partout, mais ce qui change, selon les personnes, selon les écrivains, c’est la capacité à transformer ce qu’il y a en nous et autour de nous en autre chose. Et la motivation y prend, selon moi, une part intégrante… l’un ne va pas sans l’autre !
Mon conseil, donc, à quiconque veut se lancer dans l’écriture : douter de vos écrits, de votre style, de votre histoire, mais ne doutez jamais de vous. Ne doutez jamais de votre capacité à transformer ce texte, cette poésie, ce roman, en quelque chose d’encore meilleur. C’est vous qui travaillez le texte, et non l’inverse. Ayez confiance en vous, quel que soit le résultat. Car vous pouvez le faire :)

Et pour finir, si tu devais te réincarner, ce serait en … ?
En arbre ! Pour grandir au soleil, et accueillir en moi et sur moi tout un monde, des existences entières… et traverser les époques :)

Merci beaucoup Cécile ! :D
Merci à toi ! :)

Où retrouver Cécile ?
Site internet : http://gabytrompelamor.livejournal.com/
Twitter : https://twitter.com/Cecile_Duquenne

Partage !

2 petits mots

  1. Une très belle interview ! je lui souhaite bien du courage, parce que je n'arriverais pas à garder ce rythme là personellement ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ! J'ai essayée moi aussi d'être aussi organisée qu'elle, mais il s'avère que je suis très dissipée ... ^^

      Supprimer