Chronique - Paranoia de Melissa Bellevigne, un premier roman prometteur !

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Je crois que Paranoïa est l’un des romans que j’ai le plus attendu depuis son annonce. Il s’agit d’un roman sorti de la plume de Melissa Bellevigne, alias Golden Wendy sur la blogosphère. Ça faisait déjà un moment que je m’étais attachée à son univers, ne ratant pas une seule de ses vidéos. Évidemment, j’ai immédiatement voulu lire son roman.

Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée dans les cas complexes, est appelée à l’institut Saint-Vincent en périphérie de Paris. Elle va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy Desforêt, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui refuse de s’alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d’une lucidité et d’un discernement hors pair. Et plus Lisa apprend à la connaître, plus leurs échanges viennent ébranler ses propres convictions professionnelles et personnelles. Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d’un certain Alwyn, cet homme qui la suit comme son ombre depuis toujours. Progressivement, Lisa, l’experte en âmes fragiles, sent ses moyens lui échapper et Judy la déstabiliser. À mesure que les mois passent et que la date de l’accouchement approche, la vérité semble s’éloigner.

Paranoïa mêle deux histoires plus ou moins parallèles : celle de Judy, 20 ans, enceinte et enfermée et hôpital psychiatrique ; et celle de Lisa, la petite quarantaine, psychiatre appelée en urgence pour s’occuper du cas de Judy. Il s’agit donc d’une narration double, mais d’un point de vue interne. Les chapitres s’alternent, laissant Judy s’exprimer les trois quarts du temps et Lisa le reste.
J’ai bien aimé cette dualité. J’aime les histoires complexes mêlant la psychologie de plusieurs personnages. En plus de cela, les deux cas sont intéressants puisqu’ils se font miroir parfois. J’ai trouvé ce format du récit intéressant. Toutefois, à l’image du début où l’histoire de Judy commence à se dévoiler pendant une séance avec Lisa, j’aurai aimé que ce format se poursuivre histoire que la relation entre les deux personnages s’approfondisse davantage.
En revanche, l’auteure n’a pas réservé le même traitement aux deux femmes. Toute l’intrigue se développe autour de Judy et ce qui concerne Lisa est clairement secondaire. Même si on la suit dans une étape difficile de sa vie, les aspects qui lui sont propres sont assez survolés, et les solutions arrivent très facilement. Ainsi, l’accent est clairement mis sur le côté fantastique/paranormal de l’histoire à travers l’histoire du Judy.
J’ai beaucoup aimé le fond du roman. Les pages se tournent très vite. Plus on avance et plus on a envie de connaitre le fin mot de l’histoire. La quête de Judy est très intéressante, de même que son cadre est tout à fait propice à ce genre de récit. Le personnage d’Alwyn m’a beaucoup plu, sous tous ces aspects. J’ai aimé voir évoluer la vision de Judy à son propos, même si le changement est un peu radical à mon gout.
On en vient à ce qui m’a vraiment manqué dans ce roman : de la finesse, de la subtilité. J’ai eu l’impression que les angles de cette histoire était un peu trop pointus, notamment parce que le récit ne prend pas vraiment le temps de se poser. J’aurai aimé que Melissa Bellevigne apporte quelques détails supplémentaires, fasse des « pauses » à certains moments pour expliquer plus, ou fasse des transitions moins brutales. J’ai encore tellement de questions en suspens que s’en est frustrant.
J’ai eu l’impression d’une certaine précipitation. On sent que l’histoire a été travaillée dans le fond, mais la forme manque de développements. C’est comme si l’intrigue demandait tant à sortir de l’esprit de l’auteure qu’il fallait qu’elle la couche sur le papier immédiatement, sans s’encombrer de tout ce qui gravite autour. Peut-être que Melissa Bellevigne n’a pas jugé de s’étendre sur certains points parce qu’ils allaient de soi pour elle, mais ces explications m’ont vraiment manqué.
C’est à l’image de la fin, qui est le point le plus critiqué de Paranoïa. Je pense que l’auteure a voulu laisser le choix à ses lecteurs d’imaginer ce qu’ils veulent, mais j’ai trouvé que cette coupure nette, pratiquement en plein milieu d’une scène, ne donnait pas assez d’informations pour conclure vraiment l’histoire. Peut-être est-ce en vue d’une suite, quoi que je ne vois pas trop comment l’intrigue peut rebondir, à moins de laisser de côté le fantastique …
J’ai également relevé quelques autres incohérences et maladresses. Petit exemple concernant Alwyn : j’ai trouvé étrange qu’il puisse toucher Judy mais personne d’autre, ce qui participe grandement à l’intrigue. J’en ai déduit que c’était parce qu’ils ont un lien spécial, mais à aucun moment ce n’est expliqué … Peut-être est-ce parce que personne ne sait vraiment pourquoi, mais aucun des personnages ne s’en surprend ou fait allusion à ce point important dans l’intrigue. On reste dans le flou.
Par ailleurs, la maladresse la plus flagrante concerne les dialogues. Parfois, ils ne sont pas du tout spontanés, ce qui rend les personnages un peu raide et le style pas assez réaliste. Plusieurs fois je me suis dit que jamais quelqu’un ne parlerait comme ça à 20 ans au 21ème siècle, même si la personne est un peu spéciale. Par exemple, j’ai beaucoup souri quand Judy utilisait la formation sujet/verbe inversée pour poser une question. Ce n’est pas très crédible.
Enfin je relèverai une erreur qui m’a fait grincer des dents, mais je pense que l’auteure y est rien. Il s’agit plutôt d’une méprise des éditeurs. Le sous-titre apporté à Paranoïa est : « L’une est la seule à la voir. L’autre est la seule à la croire ». Or, aussi vendeuses ces phrases soient-elles, la deuxième est fausse. ATTENTION SPOILERS : l’auteure écrit clairement à la fin que Lisa n’a jamais cru en l’existence d’Alwyn et qu’elle se place en médecin qui diagnostique une névrose uniquement pour sauver l’enfant. Donc personne n’a jamais cru Judy, à part peut-être son arrière-grand-mère. FIN DES SPOILERS J’ai trouvé été induite en erreur par ce sous-titre et ça m’a vraiment agacé qu’une phrase aussi maladroite ait été ajoutée à cette jolie couverture. Bref, il ne s’agit peut-être que d’un détail, mais il a eu son importance pour moi parce que je m’étais imaginé l’histoire autrement.
Au-delà de tout ça, il faut se remémorer que Paranoïa est le premier roman publié de Melissa Bellevigne. Son style et son imagination m’ont plu. Même si Paranoïa n’est pas parfait, je l’ai trouvé très prometteur et j’ai passé un excellent moment de lecture. J’ai vraiment hâte de savoir ce que cette auteure nous réserve pour la suite et je la lirai avec grand plaisir !


Je lui ai mis :


Fiche technique :
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Titre : Paranoïa 
Auteure : Melissa Bellevigne 
Éditions : Hachette (30 mars 2016) 
Collection : Black Moon
17€
320 pages

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2 petits mots

  1. c'est un livre que j'ai sur ma liseuse et qui me tente pas mal je dois dire, je pense le lire prochainement ! ^^

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