Chronique n°129 - Gabriel Katz marche en prophète de la fantasy !


Si vous êtes comme moi, vous aussi vous avez entendu parler de cette saga. Aeternia de Gabriel Katz a fait grand bruit et continue d’alimenter les chroniques de blogs littéraires depuis sa sortie en librairie l’année dernière. Au moment où j’ai eu besoin de retourner à de la Fantasy pure et après avoir un peu discuté avec l’auteur, j’ai eu très envie de plonger moi aussi dans La Marche du Prophète. Ce premier tome est-il aussi bon qu’on le dit … ? Verdict !

Leth Marek, champion d'arènes, se retire invaincu, au sommet de sa gloire. Il a quarante ans, une belle fortune et deux jeunes fils qu'il connaît à peine. C'est à Kyrenia, la plus grande cité du monde, qu'il choisit de les élever, loin de la violence de sa terre natale. Lorsqu'il croise la route d'un culte itinérant, une étrange religion menée par un homme qui se dit prophète, l'ancien champion ignore que son voyage va basculer dans le chaos.À Kyrenia, où l'on adore la Grande Déesse et les puissants du Temple s’entredévorent, une guerre ouverte éclate entre deux cultes, réveillant les instincts les plus noirs. La hache de Leth Marek va de nouveau tremper dans le sang... Le plus violent des combats est celui que l'on mène contre ses propres croyances.

Si j’étais aussi sadique que Gabriel Katz, je laisserais le suspense s’étendre tout au long de cette chronique avant de vous dire si j’ai aimé ou pas. Toutefois, je ne vais pas suivre son mauvais exemple, non seulement parce que j’ai adoré ce premier tome, mais aussi parce que je ne vois pas comment rédiger ce billet sans vous parler de mon ressenti.

Leth Marek est un héros plutôt original. La quarantaine, gladiateur de métier, il n’en est pas pour autant une brute sanguinaire. Malgré les épreuves difficiles, il est profondément humain, rempli d’émotions qu’il a du mal à gérer. Son destin l’emmène là où il ne s’y attend pas. Leth Marek ne maitrise finalement qu’assez peu ce qu’il lui arrive et ça le rend très intéressant à suivre.

En parallèle, on découvre Varian, un jeune prêtre très ambitieux et près à tout pour monter en grade. Lui, au contraire, sait ce qu'il veut faire de sa vie, mais ce n'est pas pour autant qu'il va vite déchanter. Bercé d'illusions, il va se rendre compte que le monde dans lequel il pénètre n'est pas aussi pure qu'il ne croit.

A coté de ces deux héros principaux il y en a d'autres, tous au caractère bien trempé. Chacun y va de sa revendications et finalement très peu parviennent à tirer les ficelles. L'enchevêtrement des objectifs de chacun dans un monde qui leur laisse peut de liberté a été très intéressant à observer.

L’intrigue connait une belle progression et le rythme est constant. Certains diront que ce premier tome manque d’action, mais j’ai trouvé qu’elle était justement dosée. Le combat n’est pas le sujet de l’histoire. La guerre sert uniquement de toile de fond. La politique en revanche est mise en avant par l’opposition de deux religions. Les deux parties cherchent à se débarrasser de l’autre sans en avoir l’air. Les actions sont globalement menées en sous-mains, ce qui implique beaucoup de discussions et de stratégies.

Je suis généralement très friande de ce genre de configurations parce que je suis toujours curieuse de voir comment l’auteur va mener sa barque. Une myriade de possibilités s’offre à lui. Gabriel Katz n’est ni un sanguinaire, ni un candide. Il place ses personnages dans des situations délicates qu’ils sont forcés d’assumer par la suite. Il sait très bien ce qu’il leur fait subir et assume complètement les retords de son histoire. Son récit en est d’autant plus prenant.

Par ailleurs, le style Katz est imprégné d’humour. Nous sommes loin des dialogues ampoulés dont la Fantasy nous a habitués parfois. Ici les personnages sont des gens comme tout le monde, avec leur vulgarité et leurs traits d’esprit. Les pensées de certains nous sont accessibles grâce à un point de vue interne nous livrant leurs ruminations. Mais d’autres restent opaques, ce qui aménage pas mal de zones d’ombres.



La Marche du Prophète joue beaucoup sur la psychologie ses héros. Ils sont fouillés et profonds, tous soumis à des états d’âmes qui leur sont propres. Cet aspect du récit m’a beaucoup rappelé la construction de ceux de Robin Hobb. Vous connaissez mon amour pour cette auteure., j’ai été ravie de retrouver cette complexité ici.

Je garde notamment en tête l’avant dernier chapitre qui est une petite merveille selon moi. Alors que la tension est à son comble, la narration passe des pensées d’un personnage à un autre, presque sans qu’on s’en rende compte. L’ambiance est construite à travers le sentiment de chacun dans ce moment crucial qui rassemble tous les protagonistes. On sait alors ce que chacun attend des minutes qui vont suivre. L’intrigue est totalement mise à plat, et pourtant la surprise arrive quand même. C’est un moment fort très bien mené par l’auteur.

Imbriqué à cet aspect psychologique dominant, l’action intervient par touche sporadique et parfois au moment où on s’y attend le moins. Je pense que Gabriel Katz s’est sérieusement creusé la tête en se demandant quand il allait pouvoir nous surprendre le plus. Certains éléments très attendus n’arrivent pas du tout et d’autres sont tombent comme un couperet.

Le virage final est particulièrement alambiqué. Certains ont crié au total WTF et ils ont bien eu raison. Personnellement j’ai adoré. Je ne pense pas que l’histoire n’aurait pu trouver plus de piquant qu’avec un rebondissement pareil. Je me demande bien comment la suite va pouvoir s’articuler … Il va très vite me falloir le tome 2 en mains !

De manière générale, j’ai aimé La Marche du Prophète parce que pour une fois j’ai réellement eu la sensation que je ne maitrisais rien et que tout pouvait arriver à n’importe quel moment. Je me suis laissé embarquer entièrement par l’intrigue, au point de ne même plus y réfléchir. Ça faisait une éternité qu’un récit n’était pas venu me chercher comme ça. Je ne pense pas que tout le monde puisse trouver son compte dans ce roman (quoi que !), mais il m’a apporté tout ce que j’attendais. J’attends avec beaucoup d’impatience de lire la suite de ce dyptique !



Je lui ai mis : 


Infos pratiques : 
 Titre : La Marche du Prophète 
Saga : Aeternia (tome 1)
Auteur : Gabriel Katz
Éditions : Scrineo (22 janvier 2015)
416 pages
20 €
Extrait :
- Si on m’avait dit qu’un morceau de volaille me mettrait dans cet état, répondit le champion en humant ce festin.
- C’est le miracle d’Ochin. Avant, tu avais une bonne vie et tu faisais la gueule, aujourd’hui tu manges de la merde et tu es content !

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2 petits mots

  1. Comme je le disais en commentaire sous le tag des 6 mois de PKJ, ça a été un coup de coeur pour moi également ! J'ai adoré le héros, j'ai adoré l'humour amené par son compère (dont j'ai oublié le nom), j'ai adoré les nuances du monde où rien n'est manichéen au final, et même si je l'ai beaucoup détesté pour son sadisme, j'ai quand même adoré le style de l'auteur. C'est super addictif, ce n'est pas cliché, j'ai kiffé ma mémé.

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  2. Après mon aventure magnifique avec sa trilogie Le Puits des mémoires, j'ai très envie de découvrir cette nouvelle "saga". Ça a l'air très prometteur avec des personnages très intéressants et un univers captivant à suivre. J'espère pouvoir lire ce premier tome rapidement.

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