La Boiteuse, un thriller contemplatif

boiteuse-grard-gulfstream

Allier descriptions contemplatives et thriller psychologique est certainement le pari que s’est fait Françoise Grard en se lançant de l’écriture de ce roman. Je crois que je n’avais encore jamais eu à faire une œuvre de ce type, toute en explorations. L’auteure cartographie à la fois l’esprit humain et la géographie européenne. Du pavé parisien à la lande écossaise, voilà donc le voyage d’Aurore, La Boiteuse.


Résumé :
Je n'aurais pu dire pourquoi cette certitude se glissait en moi comme un serpent froid entre mes omoplates. Seulement que je savais que mon salut ne passerait plus par lui ; une évidence monstrueuse qui ne me révoltait même pas. Wilfred ne viendrait plus.
Trahie par Wilfred, qui l'a abandonnée seule et blessée au milieu des Highlands désertes, Aurore, revenue infirme d'Ecosse, se protège des autres et de l'amour comme elle le peut. La jeune femme se reconstruit à tâtons et étouffe en elle colère et angoisses, bien décidée à ne plus jamais entendre parler de celui qu'elle a tant aimé. Mais à la suite d'étranges révélations et de signes inquiétants, elle doit se résigner, malgré elle, à remonter sa piste. Tandis que le mystère s'épaissit, elle s'aperçoit que, prise au piège des apparences, elle s'est trompée sur lui. Découvrir la vérité sur Wilfred entraînera la jeune fille au coeur de lourds secrets et d'un terrible drame familial.

Un voyage psychologique

Je ne suis pas une grande habituée des thrillers, ni en livres, ni en film. Pourtant celui-ci m’a tenté tout de suite. Pourquoi ? Parce que c’est l’histoire de française partie en Ecosse. Je me suis tout de suite identifiée à Aurore. Elle est étudiante, amoureuse, insouciante aussi. Elle aurait très bien pu être moi.

L’auteure expose son histoire à travers la première personne, le mode le plus immersif selon moi. On est dans la tête du protagoniste, avec ses zones d’ombre et ses incompréhensions. Il y a très peu de dialogues dans cet œuvre puisqu’il ne s’agit pas de rapporter les faits comme ils ont eu lieu mais plutôt comment Aurore les a perçus. C’est certainement ce qui m’a le plus plu.

L’intrigue est révélée pas à pas, au rythme des découvertes, mais elle est aussi et surtout entrecoupée de grandes phases de réflexion durant lesquelles notre anti-héroïne rumine les informations qu’elle reçoit. Elle essaie de reconstituer un puzzle assez étrange pour parvenir à comprendre le rôle qu’elle a dû joué malgré elle. Ce n’est pas une mince affaire !


Un voyage contemplatif

Le gros de l’histoire se passe à Paris, en intérieur. Le théâtre, l’appartement, immédiatement j’ai eu l’impression de connaitre les lieux grâce à des descriptions faites d’impressions et de détails. On est tous plus enclins à remarquer telle ou telle petite chose. Aurore est comme ça elle aussi. Ce réalisme dans la perception du personnage principal est certainement l’un des grands points forts du roman. Il crée une ambiance unique, propre à son protagoniste et participe entièrement à l’immersion du lecteur dans son monde.

Le début et la fin de l’histoire se déroulent en Écosse. Évidemment, j’ai adoré ces passages à l’étranger puisque j’affectionne tout particulièrement cette région. La Boiteuse me l’a fait découvrir d’une manière différente. Il y a la lande, la mer mais aussi les gens et encore une fois cette ambiance si particulière liée à l’état d’esprit d’Aurore.

Les descriptions réalisées par Françoise Grard sont quasiment contemplatives et parlent aux âmes plus qu’aux esprits. La Boiteuse n’est pas un thriller d’actions mais d’impressions, ce qui le rend touchant et addictif. Il se lit extrêmement vite.

Un voyage sans fin

J’ai été très réceptive au style de l’auteure et j’ai aussi beaucoup aimé Aurore dans sa manière d’évoluer. Malheureusement, je ne peux pas dire que l’intrigue en elle-même m’a vraiment convaincue. Autant son déroulement se passe bien, autant son dénouement semble brutal et saugrenu. Je ne dis pas ce n’est pas plausible, mais plutôt que ça semble improbable. J’ai clairement manqué d’explications.

C’est à travers cette maladresse que j’ai vu les limites de ce roman. Françoise Grard aurait pu m’emmener au bout du monde, j’aurai suivi sa plume avec grand plaisir, mais la fin du voyage en Écosse m’a apparue trop peu travaillée. J’aurai voulu y trouver autant de subtilité que dans ses descriptions.

Toutefois, c’est bien là le seul point négatif que je peux trouver à La Boiteuse. J’ai adoré le voyage, autant psychologique que géographique. Je te le recommande vivement, ne serait-ce que pour gouter à l’ambiance qui s’en dégage.

boiteuse-grard-gulfstream

_______________________________________________
 
La Boiteuse de Françoise GRARD
Gulf Stream Editeur, coll. Electrogène 
244 pages - 16€

Publié dans :

Partage !

0 petits mots