Le genre, le féminisme et moi


On traine tous nos casseroles. Moi c’est celle du genre qui m’a longtemps suivi. Si aujourd’hui le féminisme me tient tellement à cœur, ça ne vient pas de nul-part. C’est une thématique que j’aimerais aborder sous différents angles sur Lumance. Comment mieux commencer qu’avec ma propre histoire ? Installe-toi confortablement, l’article risque d’être un petit peu long. Le genre, le féminisme et moi, ça remonte à la prime enfance.


La petite fille frustrée

Allons-y sans détour. Étant petite (et même ado), j’ai été extrêmement frustrée d’être une fille. S’il y en a qui adorent le rose et les poupées, moi je me rêvais en princesse guerrière façon Mulan et je voulais de la tapisserie bleue dans ma chambre. Je ne comprenais pas qu’on m’interdise de me balader torse nu et encore moins qu’on oblige à porter des robes à fleurs. A la réflexion, je ne me sentais pas garçon non plus. Inconsciemment, je voulais juste qu’on arrête de m’imposer un genre pour vivre ma personnalité librement. 


Adolescente, ça ne s’est pas vraiment arrangé. Je ne me retrouvais pas parmi les filles de mon âge. Alors qu’elles s’intéressaient aux garçons et commençaient à se maquiller, moi je voulais faire de l’équitation et regardais en bouscule Pirates des Caraïbes en rêvant de pouvoir me battre à l’épée comme Jack Sparrow. Autant dire que je n’avais pas des masses de copines (ou même de copains) au collège …

Mes premières aspirations de métiers sont arrivées vers 13/14 ans. En 3ème on nous demande déjà ce qu’on veut faire plus tard. J’étais sûre de moi et prête à m’engager corps et âme. Je voulais devenir cavalier professionnel. Réponse de mes parents : « Non, tu ne ferais pas ça. Tu es une fille et tu es menue. Ce n’est pas pour toi. ». J’ai eu beau batailler et crier mon désarroi, rien n’y a fait. Au lieu de partir en apprentissage j’ai été inscrite en 2nd générale. « Tu as de bonnes notes, ce serait dommage de gâcher ton potentiel ». Parents et profs, même discours. Au fond de moi, l’injustice s’encrait encore un peu plus.



Cette première contrariété (si on peut appeler ça comme ça) m’a plongé dans le flou total pendant quasiment 10 ans quant au métier que j’aimerais exercer. A chaque fois que je me disais que tel ou tel domaine pourrait me plaire, je me trouvais systématiquement un défaut pour m’empêcher d’y accéder. Il y avait toujours une petite voix pour me dire que j’étais trop comme ceci ou trop comme cela et que de toute façon ça n’irait pas.

J’ai fait un bac L pour m’opposer fermement à mes profs qui voulaient que j’aille en S, en s’appuyant toujours sur mon « beau potentiel » qu’il ne faudrait pas gâcher. J’ai commencé à travailler de moins en moins en classe, me reposant clairement sur mon cerveau-éponge pour passer de niveau en niveau sans être trop inquiétée. Ça a fonctionné jusqu’à ce que j’arrive à la fac.

L’étudiante affranchie

Après deux premières années de fac complètement ratées et un an de petits boulots alimentaires qui ont bien failli me plonger en dépression, j’ai été obligée de me regarder en face. Il était hors de question pour moi de regretter toute ma vie un métier que je ne m’étais jamais autorisé sous prétexte de mon genre. Il était temps de prendre une décision franchement, sans laisser la parole à cette enfant frustrée qui me rappelait sans cesse qu’une fille ça ne fait pas ça.

Vivement encouragée par l’amour inconditionnel d’un homme qui se fiche bien des convenances, j’ai continué les petits boulots tout en reprenant les cours à la fac. L’archéologie m’avait plu auparavant, je voulais y gouter à nouveau. Peu importe qu’on n’ait pas assez d’argent pour manger correctement, que ce soit un métier d’hommes et que je n’aie pas un physique à manier la pioche, j’avais fait mon propre choix.


Au fil du temps, je me suis affranchie de tous les interdits qu’une éducation genrée et une société étroite d’esprit m’avaient imposée. Mes résultats scolaires ont suivi et j’ai entrevu un avenir professionnel qui me plaisait de plus en plus. Je ne dis pas que ça a été simple. C’était comme apprendre à vivre en être humain libre alors qu’on a été élevé prisonnier. Il y a eu la peur de l’inconnu et l’exaltation de la petite victoire.

La femme accomplie

Durant toute cette phase d’affranchissement du genre, j’ai appris à aimer ma féminité. C’est très paradoxal quand on y pense. Plus je m’autorisais à vivre librement et plus j’aimais les robes. Ma collection de rouges à lèvres a augmenté de manière exponentielle avec les années. J’aime prendre soin de moi, les décolletés, les talons hauts et les sacs à main. Je pourrai même presque coller aux clichés de la féminité parfois.

Pourtant je ne me résume en aucun cas à l’image que la société nous dicte de la femme. Je rêve toujours de me battre comme Jack Sparrow, j’ai un humour assez cynique, je suis devenue archéologue et surtout je manie la pioche comme un homme (au grand étonnement de certains). Je me sens à la fois homme et femme. Je suis complète.

Aujourd’hui à presque 27 ans je me reconnais enfin en tant que femme à part entière, avec toute la masculinité que ça implique chez moi. Le processus a été très long et je me rends compte à quel point une éducation genrée peut faire des ravages dans l’esprit d’un enfant. Je pense qu’il est grand temps d’arrêter les dégâts. Il est devenu vital de laisser les filles jouer aux petites voitures et les garçons à la poupée. Comment se sentir soi-même autrement ?


Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir mais on est dans une bonne dynamique. Personnellement, j’ai confiance en l’avenir pour ce qui est de l’éradication du sexisme. Évidemment il fait encore partie de mon lot quotidien, mais je le trouve moins difficile à vivre depuis que j’ai accepté qui je suis.

En étant simplement moi je m’érige contre le patriarcat et l’idée qu’une femme ne peut pas accéder à l’autonomie par nature. En témoignant je participe activement à faire tomber les carcans d’un modèle social qui ne correspond plus à des extrémistes. En élevant le féminisme en cheval de bataille je m’ouvre à un monde où les hommes et les femmes vivent dans l’harmonie et la confiance. Peu importe le genre, seule l’humanité qui est en chacun d’entre nous compte vraiment. Non ?



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1 petits mots

  1. Bonjour,
    est-ce que tu t'es renseignée sur les genres non-binaires (neutre, agenre, fluide et plein d'autres) ? Ca pourrait peut-être te parler.

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