Je suis partie

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Ça fait maintenant 6 mois que je suis partie. J’ai quitté la ville, la famille et le confort d’une vie bien établie. Tu ne peux pas savoir à quel point ce choix a été l’un des meilleurs que j’ai pu faire ces dernières années. C’est un nouveau départ, une nouvelle façon de vivre et une nouvelle hygiène qui me fait tant de bien qu’il fallait que je t’en parle. Tout quitter pour tout recommencer, c’est vraiment ce qu’il y a de meilleur.


Je suis partie de loin

Il y a quelques années encore, la galère était un lot quotidien, une compagne insidieuse et lourde qu’il fallait trainer derrière soi constamment. Je vivais dans la banlieue nantaise, dans un quartier un peu chaud (celui-là même où on a retrouvé une femme découpée dans une valise, tu te souviens ?). On a tiré au pistolet sur ma façade, je me privais de nourriture faute d’argent et je jonglais entre petits contrats, recherche d’emplois et reprise d’études. C’était une lutte permanente pour la survie. De ces moments rudes je ne garde pas de mauvais souvenirs. Peut-être que je t’en parlerai un peu plus un jour, mais aujourd’hui, je plante simplement le décor pour que tu comprennes d’où je viens et pourquoi j’apprécie d’autant plus ce renouveau. 

Plus récemment, j’ai eu la chance de trouver un petit 40m² plus au calme et avec un loyer « correct ». C’était toujours en ville, là où la vie ne s’arrête jamais et où l’insécurité est permanente. Pour la petite fille de la campagne que j’ai été jusqu’à 16 ans, ça ne ressemblait en rien à ce que j’avais connu auparavant. Avec le recul de ces quelques mois, je me rends compte à quel point le grand air m’a manqué durant ces 11 années d’immeubles et de bitume. J’ai aimé cette expérience urbaine. Je crois que je n’aurais pas pu connaitre plus formateur. Je me suis forgée à coups de harcèlements de rue et de patrons borderlines. C’est ce qui a fait ce que je suis aujourd’hui. Mais il était temps de passer à autre chose.


Je suis partie (un peu) loin

Cette opportunité de travail, je l’ai convoitée pendant 2 ans avant d’y arriver. J’ai fait d’innombrables allers-retours entre Nantes et Rennes. J’ai changé deux fois d’université. J’ai fait en sorte de nouer les bons contacts. J’ai beaucoup économisé pour déménager et enfin, l’heure du départ a sonné. Je n’avais jamais vécu en Bretagne, jamais loin de ma famille proche non plus et jamais dans une autonomie aussi complète. Évidemment, je ne suis pas seule. Mon mari m’accompagne, comme toujours, dans tout ce que j’entreprends. Lui étant au chômage et moi ayant une opportunité à Rennes, il n’a pas hésité une seconde à laisser 30 ans de vie derrière lui pour me suivre. Je t’ai déjà dit à quel point il est merveilleux ? 

Cette fois-ci, nous ne sommes plus que tous les deux, comme en huis-clos, sans connaissances sur place, hormis la sphère de mes collègues de travail que j’apprivoise petit à petit. Il n’y a plus les frères et sœurs, ni les parents pour nous aider en cas de pépins. Les copains sont loin aussi. Enfin loin, c’est relatif. Je suis à 4h de chez mes grands-parents, 3h de chez mon père et 1h30 de chez ma mère, ma sœur et ma belle-famille. Ce n’est pas l’Everest, mais ça fait un petit bout de chemin.


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J’avais très envie de quitter Nantes depuis plusieurs années. J’avais le sentiment d’en avoir fait le tour et d’aspirer à autre chose. Changer régulièrement fait partie de mon mode de vie. J’aime partir et recommencer ailleurs, découvrir de nouveaux lieux puis tout quitter encore. C’est cyclique et c’est une nécessité pour alimenter mon équilibre. Dès que je sens les habitudes s’installer, je sais que c’est le moment de remettre en cause ce petit confort pour partir à l’aventure autre part.


Je suis partie à la campagne

On aurait pu choisir un petit appartement dans le centre de Rennes, ou même un joli pavillon en banlieue. Notre choix s’est porté pour une (très) grande et (très) vieille maison à la campagne. Certes, j’ai un peu de route à faire pour aller travailler, mais qui peut dire qu’il a des murs en pierres apparentes et des colombages à l’intérieur de son chez lui ? On a eu un coup de cœur immédiatement pour le bourg classé, la petite église romane et le grand jardin. Il faut dire aussi que le loyer est très avantageux. Pour à peine plus cher, on gagne plus de 100 m². Passer du simple au triple en matière de surface, c’est une bouffée d’air frais.  

La sensation de libération est d’autant plus forte qu’on s’est (presque) affranchis de la pression sociale contre laquelle on lutte depuis longtemps. Vivre en société, c’est se soumettre bon gré mal gré à ses règles. On met les gens dans des boîtes et on écarte ceux qui n’y rentrent pas. Tu le sais, on ne fait pas partie de ceux qui se laissent enfermer facilement. Et si la solution n’était finalement pas de lutter mais de partir ? Loin de tout, il n’y a plus personne pour nous rappeler qu’on ne colle pas aux schémas habituels, et qu’on ne fait jamais comme tout le monde. On est libre de vivre comme on l’entend et ça fait un bien fou.

Ici, la vie est d’une tranquillité douce. Pas de voisins bruyants, pas de circulation, pas de sombres affaires de vol de voitures sur le parking d’en face. Cerise sur le gâteau ? Les gens sourient et disent bonjour quand on les croise, peu importe que j’ai les cheveux violets, que je ne sois pas maquillée ou que je me promène en pyjama dans la rue. Il n’y a absolument rien de comparable à ce qu’on a vécu auparavant. Les paysages sont verdoyants, la brume envahit le jardin le matin et les légumes poussent à foison dans le potager. Mon mari a pu réaliser un de ses rêves en adoptant un husky et moi, je goute à nouveau à la quiétude du chant des oiseaux.


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Avec ce premier article, j’entame une nouvelle série sur cette vie paisible à la campagne, sur la joie d’aller ramasser les œufs frais tous les jours et le plaisir simple d’acheter des fruits à l’exploitant du coin. Ce n’est pas pour autant je ne suis plus révoltée et en colère contre un monde qui tourne mal, mais j’ai aussi envie de partager avec toi tout ce bonheur qui m’arrive par camions entiers depuis que je suis ici.


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