4 lectures féministes, ou presque


En ce jour de marches contre les violences sexistes et sexuelles, mouvement que je soutiens évidemment à 100 %, j'ai voulu marquer le coup en te parlant de mes dernières lectures féministes. Le militantisme passe par diverses actions, dans la rue ou bien chez soi, à lire, s'informer et partager avec le plus grand nombre tout ce qui peut faire avancer la lutte. La prise de conscience passe bien souvent par une démarche personnelle. La lecture fait entièrement partie de la mienne.

Voilà donc deux essais, un recueil de poésie et un roman d'anticipation estampillés féministes par la critique. Si j'adhère complètement aux propos de trois de ces volumes, tu vas voir que l'un d'entre eux m'a laissé perplexe... J'espère que ça te donnera envie de découvrir quelques titres ! 

The Sun and Her Flowers

Rupi Kaur

J’avais adoré le premier recueil de Rupi Kaur, Milk and Honey. J’ai donc poursuivi ma découverte de l’univers de cette autrice avec son deuxième livre, paru l’année dernière (et pour le moment uniquement disponible en anglais). Encore une fois, ça a été une expérience puissante et émouvante.

J’aime beaucoup la manière très percutante qu’à l’autrice d’aborder des thèmes souvent tabous. En très peu de mots, elle arrive à exprimer un ressenti d’une grande sensibilité. Sa poésie est sans filtre. Au contraire elle reste à l’état brut pour mieux nous atteindre. Quand je lis Rupi Kaur, j’ai l’impression d’accéder à sa vérité, qui est une vérité que partagent beaucoup de personnes, et notamment des femmes. C’est très inspirant. Un vrai régal !

Publié aux Editions Simon & Schuster Ltd (2017)
256 pages – 12,22 €




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Âme de Sorcière

Odile Chabrillac

Avec Halloween et après la vague #MeToo, la figure de la sorcière a supplanté les autres cette année. Et ce n’est pas pour me déplaire ! J’étais bien loin de cet univers il y a encore quelques mois. Je n’y connaissais absolument rien. Puis, sur une impulsion que je n’arriverai pas à expliquer, je me suis mise au tarot divinatoire, et je me suis intéressée à la figure « réelle » de la sorcière et à sa place dans notre société.

Cet essai d’Odile Chabrillac est donc mon premier, mais certainement pas le dernier. J’ai beaucoup aimé que l’autrice aborde le sujet de manière inclusive et bienveillante, avec beaucoup de douceur, sans « vendre son produit » à tout prix. C’est une plongée légère, informative, pleine d’explications sur la thématique, avec des clefs pour débuter pour celles et ceux qui le souhaiteraient.

De manière très personnelle, j’ai réussi à mettre des mots sur certains de mes ressentis grâce aux textes d’Odile Chabrillac. Certains passages ont vraiment résonné en moi, sur plusieurs sujets différents. Je ne m’attendais pas à être touchée à ce point. Au sortir de cette lecture, je me suis dit que je ne pouvais plus regarder mon monde de la même manière…

L’autrice fait de très nombreux renvois à d’autres essais, ouvrages, articles scientifiques parfois. En plus de nous livrer son propre point de vue, elle nous donne matière à approfondir le sujet par nous-même, que ce soit sur l’Histoire des sorcières ou sur les différentes pratiques. Cet ouvrage est vraiment très bien construit. Lisez-le, vous pourriez être surpris·e !

Publié aux Editions Solar (2017)
240 pages – 18,90 €




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Le Pouvoir

Naomi Alderman

S’il y a un livre qui a fait grand bruit en début d’année dernière, c’est bien celui-ci. Le Pouvoir a été salué par la critique, a remporté des prix, a été mis au programme du bookclub d’Emma Watson et a été plébiscité par les ventes. J’ai reçu un exemplaire pour mon anniversaire et j’avais hâte de m’y plonger. Mais, tu t’en doutes au ton que j’adopte, je n’ai malheureusement pas été de celles qu’il a vaincues.

L’idée de départ est vraiment très bonne : les femmes prennent l’ascendant physique sur les hommes, ce qui change radicalement la donne. A partir de là, un million de possibilités s’ouvrent à l’autrice pour en faire une histoire percutante et vraiment bad-ass (comme c’était annoncé, d’ailleurs).
Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas selon moi. Je n’ai pas compris les choix scénaristiques.

Si les femmes prennent le pouvoir, pourquoi alors reproduire les mêmes schémas mortifères que les hommes ? Que ce soit par vengeance, par allégresse ou par je ne sais quoi d’autre, aucune raison ne justifie un tel comportement. Ce n’est pas pertinent, et encore moins intelligent. J’avoue que m’a paru tellement absurde et d’une violence tellement gratuite que j’ai stoppé ma lecture à la moitié du volume, ne voyant absolument pas pourquoi l’autrice nous amènerai sur ce terrain-là.

Je suis donc allée lire les résumés spoilant pour m’épargner 400 pages de descente infernale menant à la morale aussi douteuse qu’évidente que je voyais venir. J’ai découvert que les plus persévérant·e·s ont la chance de lire une conclusion pessimiste et très loin des valeurs féministes. L’autrice enfonce des portes ouvertes. Il n’y a rien de percutant ni de révolutionnaire là-dedans. Pire, elle entretient l’idée que des relations égalitaires ne seront jamais possibles et que l’humanité est faite de sorte à ce qu’il y ait des opprimés et des oppresseurs.

Je dirai qu’au mieux, ce roman interroge les relations dominé·e·s/ dominant·e·s. J’ai apprécié le fait que les personnages soient issus de divers pays, cultures et milieux. Ils apportent chacun·e une vision différente de la situation. De manière neutre, je dirai que c’est un roman d'anticipation qui surfe sur l'actualité. Mais très honnêtement, ce roman n’a rien à faire dans une bibliothèque féministe.

Publié aux Editions Calmann-Levy (2018)
400 pages – 21,50 €




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Une chambre à soi

Virginia Woolf

Texte fondateur et classique du genre, il s’agit d’un des premiers ouvrages « historiques » que j’aborde sur le féminisme. Publié pour la première fois en 1929, cet essai dépeint la réalité d’une femme, Virginia Woolf en personne, qui se débat dans un monde écrasé par le patriarcat. Alors qu’elle ne demande qu’à écrire et à s’instruire, l’accès à l’Université lui est refusée (outre sections exceptionnelles ouvertes aux femmes) ainsi que bon nombre d’activités inhérentes à la vie d’écrivain. Virginia ne peut pas approfondir les sujets qui l’intéressent et ne peut pas non faire connaitre ses textes, ce qui la révolte. Un ressentiment fort grandit en elle, conduit par l’indignation.

Une Chambre à soi est un pamphlet très avant-gardiste pour l’Angleterre du début du XXe siècle. J’ai eu du mal à m’y plonger, notamment à cause des longues descriptions de l’autrice. Sa pensée est parfois assez nébuleuse, ce qui la rend difficile à suivre. Ce texte est en réalité la retranscription de conférences données pour des collèges universitaires réservés aux femmes. Je me suis toutefois forcée à aller jusqu’au bout, parce qu’il s’agit d’un ouvrage important dans la construction du féminisme.

Ce qu’il en ressort, c’est le désir d’une femme à exister par et à travers les activités qu’elle se choisit elle-même, et non selon ce que la société de son temps lui dicte. Le message est important, d’autant plus lorsqu’on le replace dans le contexte de l’époque. Bien que quasiment centenaire, le fond de texte résonne encore beaucoup actuellement, même si la forme aurait certainement beaucoup changé. Malgré mes difficultés à le lire, j’ai quand même beaucoup aimé ce pamphlet pour ce qu’il représente.

Publié aux Editions 10/18 (2018)
176 pages – 7,50 €



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Est-ce que tu as lu l'un de ces ouvrages ? Tu en as pensé quoi ? Je serais curieuse de lire ton avis. N'hésite pas à laisser un petit commentaire ! 


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